#04 Line-up

Nicolas Winding Refn

Cette semaine, on revient sur un film méconnu dans l’œuvre de Nicolas Winding Refn. Bleeder, un film intimiste et violent, sorte d’autofiction. L’actualité oblige, on vous parle aussi de sa nouvelle série en préparation, elle sortira le 14 Juin. Enfin si vous êtes un fan de la première heure, Arte a mis en ligne une captation vidéo lors de sa visite à la cinémathèque, Refn évoque sa filmographie et le regard qu’il porte sur la violence dans ces films.

Dans un autre registre, on vous parlera de l’idéologie dans le jeu vidéo et d’un philosophe français, Jacques Ellul. Un auteur capital pour comprendre l’emprise de la technique sur l’homme. Il définit la technique comme la recherche d’efficacité, un phénomène qui a selon lui dévoré notre société. La technique, aidée par les machines, régule ainsi chaque aspect de notre environnement, niant par la même occasion, l’homme, ses besoins et sa culture : « Nous sommes actuellement au stade d’évolution historique d’élimination de tout ce qui n’est pas technique. ».  Cette thèse commencée en 1954 avec un premier ouvrage intitulé « La technique ou l’enjeu du siècle » trouve une résonance particulière aujourd’hui, à un moment où l’humain fait face à l’ubérisation et aux digital labour.

On termine pour vous annoncer la production de notre première émission, toute l’équipe travaille dessus. On recevra une écrivaine pour discuter science-fiction et politique, une interview longue où l’on analysera les enjeux politiques par le prisme de la SF. On vous tiendra au courant de l’évolution de ce projet.

Bonne lecture !

L’équipe de Line-up.


IDÉOLOGIE DERRIÈRE LE JEU
ENTENDEZ-VOUS L’ECO ?

Le capitalisme dans GTA ?

L’émission de France Culture « Entendez-vous l’éco ? » explore les idéologies au cœur des jeux vidéo. Au micro, on retrouve Olivier Mauco, auteur de « GTA IV – l’envers du rêve américain » en compagnie de Laurent Trémel, sociologue indépendant. Si l’émission montre des similitudes entre le jeu et le capitalisme, et parfois le colonialisme, elle interroge aussi l’action de ce média sur les joueurs. On constate que le discours politique n’est plus primordial pour créer de l’adhésion : « On ne vend plus des jeux mais des espaces sociaux. […] Le contenu devient secondaire, on a des modèles économiques où l’on va acheter du temps, de l’interaction sociale. Ce qui est préoccupant, c’est l’accès à nos données dans ces interactions ». Ce qui est ciblé ici, c’est un joueur dépolitisé avide de mondes ouverts, formaté par le micro-targeting. Ce qui n’est pas sans rappeler le néolibéralisme, une autre idéologie contemporaine.

L’émission propose donc de nombreuses pistes autour du jeu vidéo. Reste cette question, entre l’absence de contenu et le propos politique, où est le réel danger pour les joueurs ?

L’EMISSION


BLEEDER
NICOLAS WINDING REFN

Les violences intimes.

Cette semaine, Arte programme un film méconnu du cinéaste Nicolas Winding Refn. Œuvre de jeunesse, deuxième long-métrage, Bleeder relate la vie de laissés pour compte à Copenhague. On suit deux amis étouffés par leurs existences. Lenny, cinéphile taiseux, perdu dans un vidéo-club, et Léo en plein désarroi lorsqu’il apprend que sa femme est enceinte. Si l’un se protège de la réalité grâce à son addiction aux films, l’autre sombre peu à peu dans la violence, incapable de faire face à la paternité prochaine. Cette chronique sociale est sans aucun doute le film le plus personnel du réalisateur. A cet égard, il est intéressant de retrouver des points communs entre ce film et le documentaire réalisé par Liv Corfixen, la femme de Refn, lors du tournage d’Only God Forgive : défaite de la paternité, voir de la masculinité, mutisme et enfermement dans une autre réalité.  Ces caractéristiques, documentées par sa femme dans « My Life directed by NWR » et incarnées dans Bleeder, tracent un fil conducteur dans l’œuvre de ce réalisateur. Bleeder est donc une mise à nu, une autofiction, filmée caméra à l’épaule et portée par des cadres élégants.

A la fois très réaliste, avec ses portraits écrasés par la focale, ce film éblouit lorsque l’image se fait plus ample. On voit les contradictions déjà en germe chez ce cinéaste, entre brutalité et maniérisme, violence extrême et romantisme naïf.  Avant Drive & Neon Demon, deux super productions, Nicolas Winding Refn livrait un film plus intimiste, et paradoxalement, moins égotique.

LE FILM GRATUIT SUR ARTE


LA DICTATURE DE L’EFFICACITÉ
JACQUES ELLUL

La société technicienne.

Aujourd’hui, on ne présente pas un livre mais un philosophe français. Pour les geeks qui souhaitent comprendre les mécanismes opérant au cœur de nos réalités numériques, il faut lire Jacques Ellul. En partant d’un premier ouvrage, La technique ou l’enjeu du siècle, suivi par La société technicienne et le bluff technologique, Ellul n’a eu de cesse de dévoiler l’emprise de la technique sur l’homme. En réfutant les thèses marxistes, qui prétendent trouver un facteur déterminant avec le capitalisme, l’auteur démontre que c’est la technique, à savoir la recherche de l’efficacité qui façonne nos vies.

Pas une “main invisible” mais un monde régulé par la technique, rythmée par ses ordres, qui se développe comme un cancer. Partout, nous devons faire preuve d’efficacité, partout nous devons développer des techniques : à l’école, au travail, en société. Si Marx nous dit que la machine, le progrès ont aliéné le prolétariat, Ellul nous invite à aller plus loin : la technique, secondé par les machines, a fini par absorber l’homme.

 A tel point que nous ne pouvons plus nous en défaire : « Pour lutter contre la pollution, un problème technique, nous réfléchissons à des solutions techniques pour diminuer son impact, qui eux-mêmes créeront d’autres problèmes techniques. ». Une œuvre radicale, puissante et extrêmement pertinente. Au moment où les GAFAM cartographient nos existences pour les rendre plus efficaces, il est urgent de s’interroger sur cette fuite en avant dans le progrès.

L’INTERVIEW DE JACQUES ELLUL


LES PROCHAINES
SORTIES

On termine ce line-up avec quelques news. 

On commence par la nouvelle série de Nicolas Winding Refn, Too Old To Die Young, un polar contemplatif et violent. On suit un policier en deuil, à la suite du meurtre de son coéquipier, entraîné dans un univers interlope où l’on croisera des tueurs prolétaires, des mafieux russes et des gangs meurtriers. Les plans sont soignés, le rythme est lent et la violence très graphique. Du Refn dans toute sa splendeur. La bande-annonce vient de sortir.

Le nouveau film DC Comics, sobrement intitulé « Joker », et incarné par le brillant Joaquin Phoenix. Connu pour ses rôles à vif comme dans « A Beautiful Day » – où il joue un tueur à gage au bord de la folie, où dans un autre registre avec « Two Lovers », où il joue un dépressif égaré. On peut imaginer un Joker humanisé proche de l’œuvre d’Alan Moore. A la réalisation, c’est Todd Philips. On ne sait pas réellement quoi en penser au vue de sa filmographie. D’un côté Road Trip, simple et fun. De l’autre, Very Bad Trip, lourd et indigent. On espère une bonne surprise.

Enfin pour terminer, Christopher Nolan utilise les mêmes ficelles pour annoncer son prochain film. Comme à chaque fois, il prend des allures de Kubrick et se la joue très secret, des hordes de fans scrutant chaque nouvelle information.  Toutefois, on sait que Robert Pattinson jouera le premier rôle, le film étant décrit comme un thriller romantique, un mélange entre « Inception et La mort aux trousses ». Pour le moment, aucun titre n’a été dévoilé.

BANDE-ANNONCE : TOO OLD TO DIE YOUNG