#05 Line-up

L'Europe censure Internet

Cette semaine, on revient sur deux choses importantes concernant Internet. La première, au nom de la lutte anti-terroriste, l’Europe est en train de mettre en place la censure sur le web. Une loi vient d’être votée au parlement européen. Ce texte est un véritable contre-sens dans l’histoire du net.

Ensuite, on évoque le phénomène du « Splinternet » avec l’exemple de la Russie : Internet se morcelle, les politiques prépare l’isolement numérique des nations. Adieu le village planétaire. Bienvenue à la Balkanisation de la toile. On vous en parle en détails.

Les recommandations du moment :

  • Amazon adapte The Boys écrit par Garth Ennis. Un comics hautement subversif sur le mythe du super-héros. Aux commandes, on retrouve Seth Rogen & Evan GoldbergEric Kripke, le créateur de Supernatural, est également à la tête du projet. 

  • Tout le monde en parle, et il faut l’avoir lu, c’est le nouveau roman d’Alain Damasio Les Furtifs. Une dystopie cyberpunk, pas si éloigné de notre présent.

Bonne lecture !
L'équipe de Line-up.


CENSURE SUR LE NET

L’Europe intensifie le contrôle sur les contenus en ligne. Au nom de la lutte contre le terrorisme, une loi européenne prévoit de censurer tout propos pouvant nuire aux « structures politiques, constitutionnelles, économiques ou sociales fondamentales d’un pays » ou causer « des destructions massives […] à un lieu public ou une propriété privée, susceptible […] de produire des pertes économiques considérables ».

 TOUT EST « TERRORISTE »

La définition de « terrorisme » étant tellement large, un simple appel à la grève général ou le boycott de certains produits pourraient être considérés comme des « infractions terroristes ».  Pour exécuter cette censure, les états membres s’appuieront sur les GAFAM. C’est donc Facebook et Google qui décideront si un contenu est légitime ou non. Chouette.

Par la même occasion, un marché de « la modération en ligne » se construit sous nos yeux, aidé par les pouvoirs publics. Si le capitalisme se mêle de la liberté d’expression, on peut craindre le pire. 
 

Pour compléter, vous pouvez consulter notre article, ici. Vous pouvez aussi lire le texte écrit par la Quadrature du Net. Il détaille toutes les informations et les dangers concernant cette loi. 


RUNET : LE WEB RUSSE

Les replis nationaux envahissent le net. La Russie vient de faire passer une loi lui donnant le feu vert pour créer une infrastructure numérique indépendante. Poutine ne souhaite plus dépendre des américains : « Ils sont assis là, c’est leur invention, et tout le monde écoute, voit et lit ce que vous dites. ».

UN DNS RUSSE

Pour cela, les pouvoirs s’équiperont d’outils de surveillance pour contrôler les flux d’informations. De plus, la Russie souhaite créer son propre système de noms de domaine, ce qui permettrait d’isoler totalement leur cyberespace. L’objectif est d’être autonome en cas de cyberguerre. Le Kremlin pourrait ainsi déconnecter le Runet du réseau mondial, sans subir de dysfonctionnements. Avec ces mesures, le Runet pourrait contrôler toutes les données circulant sur le réseau, et donc censurer les opposants politiques. Des voix s’élèvent en Russie pour dénoncer cette mainmise étatique.

LE « SPLINTERNET »

Ce phénomène d’isolement numérique est plein boom. Des experts prédisent ainsi l’avènement d’un « Splinternet » : un réseau fragmenté en de nombreuses entités géopolitiques. On adore.

EN SAVOIR PLUS


THE BOYS
GARTH ENNIS

La fin du super-héros

Dans ce comics, les super-héros sont tous immoraux, ils abusent de leurs pouvoirs : meurtre, viole, prédation capitalistique. Face à ces excès, une bande d’humains se constituent pour les stopper. Garth Ennis nous plonge dans un monde ultra-violent, où le cynisme et le marketing ont défait la figure héroïque. Un comics subversif, mis en dessin par Darick Robertson, le dessinateur du culte Transmetropolitan.

Trash, irrévérencieux, The Boys casse définitivement l’image parfaite des maisons d’éditions DC Comics et Marvel. Loin d’être gratuit, The Boys offre un propos hilarant, et une réflexion décalée sur le mythe du super-héros. De quoi nous remettre les idées en ordre.

BANDE-ANNONCE


LES FURTIFS
ALAIN DAMASIO

LVMH rachète Paris ! 

Dans un futur dystopique, les villes sont en faillites. Les marchés ne veulent plus les financer. Elles ont donc été privatisées par des multinationales, Paris a été rachetée par LVMH, Orange a pris la ville d’Orange, Total en possède une autre. La marchandisation a ainsi contaminé la géographie. D’autres villes sont laissées à l’abandon, ce sont des groupes politiques qui en ont pris le contrôle : anarchistes, socialistes, idéalistes.
 
Alain Damasio imagine ainsi un futur où les espaces ont été fragmentés. Dans ce monde, on suit un sociologue qui étudie ces entités géopolitiques. Il part à la rencontre de ces endroits que le capital n’intéresse pas, laissant la place à des utopies politiques. En déployant une sociologie urbaine, politique de notre futur, Damasio livre des réflexions sur notre présent.

On pense aux dons faits par les groupes Total, LVMH et Kering au patrimoine français. Le capitalisme arrive à s'infiltrer partout. En extrapolant cette prédation, Damasio permet l’émergence de nouvelles luttes politiques, peut-être capable d'enrayer ou de limiter notre capitalisme actuel. 

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