Les pionniers de la culture geek

Avant l’arrivée en masse des Youtubeurs, on comptait seulement deux émissions animées par des geeks, des vrais. Marc Lacombe, aka Marcus, s’occupait du Level One sur Game One. De l’autre côté du câble, on retrouvait Yannick Dahan dans l’émission « Opération Frissons ». Ces deux passionnés ont porté durant deux décennies une subculture audacieuse, souvent mésestimée, inventant par la même occasion, deux concepts repris partout en boucle sur le web. A savoir le « Let’s play » et le « Vlog ciné ».


Vidéo-club, montage artisanal et DVD fracassé.

Bientôt 20 ans qu’il officie dans les émissions « Opérations Frissons » et « Le Grand Frisson », deux décennies qu’il porte un regard implacable, parfois tendre, sur le cinéma de genre.  Yannick Dahan a façonné la critique ciné en révélant qu’il était possible de chroniquer autre chose que des vaudevilles. Et surprise, Massacre à la Tronçonneuse valait bien un Audiard. Face caméra, des DVD plein la gueule, Yannick a montré la richesse d’un genre, défendu des réalisateurs et des parti-pris radicaux.  

 
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Contrairement à la presse française de l’époque – sauf quelques exceptions près, Mad Movies en tête – totalement larguée quand elle sortait des standards : il faut relire les critiques sur Emprise de Bill Paxton, Télérama notait : « C'est bien une histoire d'emprise. Celle, écœurante, de la bêtise. ». Ou bien revoir les réactions horrifiées de la croisette à la sortie d’Irréversible. Yannick Dahan lui défendait La Forteresse Noire de Michael Mann, œuvre maudite et oubliée par l'intelligentsia parisienne. Il a ainsi offert un espace précieux pour de nombreux fanboys, avec un ton inimitable, appuyé par des propos soignés et percutant, il a hissé la critique du genre à un niveau respectable, redonnant toute son intelligence à une culture méprisée par principe.


Bloqué au premier niveau !

Level One a surement été une émission révolutionnaire pour de nombreux spectateurs. Le premier format qui proposait la découverte d’un jeu en direct. Il faut remercier Marc Lacombe et Pierre Boulay, le réalisateur, pour l’intuition qu’ils ont eue. Level One a marqué le paysage télévisuel, l’humour potache, la diversité des jeux testés, les déguisements et les improvisations in game ont changé la télévision. Plus libre, moins calibré par les costards-cravates, Level One était l’une des rares émissions où on ne s’emmerdait jamais.

Autour du jeu vidéo, Marcus a su apporter une dose de fun capable de fédérer une communauté solide. J’imagine la tronche des animateurs sur les chaînes concurrentes produisant des émissions désuètes pour ménagères. Il aura suffi à Marcus d’une manette, d’un écran vert et de quelques blagues douteuses pour lancer un concept novateur. Loin de déprécier, ce « non-sérieux », cette passion pour la culture geek, aidé par une réalisation de qualité et un amour du jeu vidéo, ont su imposer Level One comme le rendez-vous des gamers.

 
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Des ingrédients qui ont popularisé cette émission : tester un jeu sans le connaître, l’incrustation sous fond vert, et les guests improbables (Christophe Lambert jouant à Soul Calibur, un must !) ont maintenant été repris par les Youtubeurs. Les fous rires à la suite des innombrables Die & Retry, Marcus n’étant pas un PGM, ont insufflé une sympathie pour un loisir souvent diabolisé. Loin des clichés de violence, d’isolement véhiculés par les médias, Marcus a montré que le jeu vidéo était avant tout un moment de plaisir.

A part dans le paysage médiatique, ces deux animateurs ont montré un visage différent de la culture geek. Fun, intelligente et novatrice, leurs émissions ont détonné pendant quelques années.

 

Line-up